Utilisation abusive des antalgiques opiacés : quelle est la situation en France ?

Vous avez peut-être entendu parler de la crise des opioïdes qui sévit depuis quelques années aux Etats-Unis où, rien qu’en 2017, 2/3 des 72 000 décès par overdose ont été causés par des antalgiques opioïdes1. Qu’en est-il de la situation en France ?

Par définition, un antalgique opioïde ou opiacé est un psychotrope (médicament ou drogue) dont l’effet est comparable à celui de la morphine.

Que retenir du rapport de l’ANSM2 ?

L’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) a publié un rapport sur les antalgiques opioïdes et leurs usages problématiques le 20 Février 2019.

Il en ressort que :

  • En 2017, les antalgiques les plus consommés en France sont non opioïdes (paracétamol, aspirine et anti inflammatoires non stéroïdiens) (78%) ils sont suivis par les antalgiques opioïdes faibles (20%), puis par les antalgiques opioïdes forts (2%)
  • Le tramadol est l’antalgique opioïde le plus consommé (68% de plus entre 2006 et 2017)
  • L’oxycodone est celui qui marque la plus forte augmentation
  • Les utilisateurs d’antalgiques sont majoritairement des femmes
  • Le nombre d’hospitalisations liées à la consommation d’antalgiques opioïdes obtenus sur prescription médicale a été quasiment multiplié par 3 entre 2000 et 2017.
  • Le nombre de décès liés à la consommation d’opioïdes est passé de 1,3 à 3,2 décès pour 1 million d’habitant, entre 2000 et 2015 avec au moins 4 décès par semaine.

Que faut-il garder en mémoire sur ces antalgiques opioïdes ?

  1. Les antalgiques opioïdes sont délivrés uniquement sur prescription médicale pour une prise en charge globale de la douleur.
  2. Ils ont de nombreux effets indésirables comme : la somnolence (attention à la conduite de véhicules), l’insuffisance respiratoire, la constipation, les nausées et vomissements… Surtout, la prise d’opioïdes peut entraîner une dépendance.

L’ANSM conclut dans son rapport qu’il faudrait renforcer la formation des professionnels de santé, améliorer le parcours de soins et mieux véhiculer l’information auprès du grand public. Lorsque l’on prend ce type d’antalgique, il est préférable d’avoir une surveillance renforcée de la part de son médecin et de son pharmacien pour éviter le risque d’abus et de surdosage.

1 Note de l’IFRI (Institut Français des Relations Internationales) : centre indépendant de recherche.

2 Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé

 

Dr Elodie Duquenne