Le prix de votre santé

Le rapport de l’autorité de la concurrence devra être présenté au gouvernement dans les prochaines semaines. Fêtant ses 10 ans d’existence, cette autorité a pour objectif de s’attaquer à toutes les distorsions de concurrence. Depuis 2013, le gouvernement rejette en force certaines de leurs propositions notamment l’ouverture du capital des pharmacies, l’ouverture du monopole de la vente de médicament, les règles d’installation des officines et la libéralisation de la vente en ligne. Il y a fort à parier que le gouvernement s’oppose de nouveau à ces recommandations dans le seul objectif de protéger votre santé

Le contexte est important à comprendre. Un groupe, sous l’autorité du ministère de l’économie doit faire un rapport sur la concurrence. Les monopoles et les règles de détention de capitaux des sociétés font obstruction à l’ouverture de la concurrence. Ceci ne veut pas dire qu’il n’y en a pas. Pour illustrer cet exemple, il est intéressant de faire la comparaison avec l’Italie qui a fait le choix d’ouvrir le monopole et de laisser la possibilité aux supermarchés la vente des médicaments sans ordonnance. Les prix sont aujourd’hui de très loin inférieurs à ceux de l’Italie et baissent régulièrement en France, comme en 2018 de 0.77%. Certains lobbyistes, dont celui du groupe E.Leclerc poussent énormément à choisir cette solution qui pourrait leur rapporter une nouvelle part de gâteau qu’ils n’ont pas. Cela ne règlerait pourtant pas celui de votre pouvoir d’achat ! La Ministre des Solidarités et de la Santé l’a rappelé récemment, « le médicament n’est pas un produit de consommation ». Il ne doit être dispensé que dans un cadre sécurisé garantissant l’originalité (pas de contrefaçons) et la protection de votre santé

Parallèlement au ministère de l’économie, celui de la santé investit dans la reconstruction de l’offre de soins avec l’utilisation d’outils digitaux pour permettre une meilleure coordination autour de votre santé. Moins de doublons d’examens, plus d’économies, traitement plus performants, prise en charge améliorée, plus rapide et plus transparent, solutions d’urgences quelle que soit l’heure ou votre localisation…sont les bénéfices à attendre d’une restructuration de la santé en France. Ces changements prennent du temps mais ils sont en bonne voie.

Face à ces 2 courants, il y a les fonds d’investissement souvent étranges. Injecter de l’argent pour favoriser l’investissement dans le changement ou dans de nouveaux outils reviendrait à pervertir le libre choix du pharmacien. Ce professionnel de santé est formé pour votre santé. C’est son utilité et votre sécurité. Il privilégiera la protection de votre santé à toute forme de rémunération. Pas d’actionnaire au-dessus de lui pour dire qu’il faut augmenter la rentabilité de l’acte au comptoir. La sécurité vient de l’indépendance du pharmacien garantie par l’indépendance financière de ses capitaux. Seul un pharmacien peut être propriétaire de sa pharmacie !


Les pharmaciens s’organisent pour faire face aux défis du vieillissement de la population, de l’augmentation des pathologies chroniques, de la diminution de l’offre des médecins généralistes et spécialistes. Il s’investit également dans les politiques de prévention et de dépistage en cohérence avec les attentes des patients et du Plan « Ma Santé 2022 ». Le succès de la vaccination contre la grippe à l’officine en est la parfaite illustration. 
Céder aux lobbystes reviendrait à diminuer l’efficacité de notre système de soin, largement reconnu au niveau mondial. L’évolution de son organisation est certes importante mais elle doit se faire dans l’intérêt du maintien de votre santé. Les pharmaciens y veillent !
 

Dr Xavier MOSNIER-THOUMAS